Dans la rénovation de la maison, il y a des choses que je referais exactement de la même manière. Et puis il y a le bois. Franchement, je regrette de ne pas en avoir récupéré davantage.
À l’époque, j’avais peur des petites bêtes. Les insectes xylophages, ceux qui s’attaquent au bois. Peur d’en conserver, peur de ramener le problème dans un aménagement neuf… Cette inquiétude m’a fait renoncer à garder du bois que j’aurais aimé examiner de plus près.
Aujourd’hui, je ne vous dirais pas de tout récupérer les yeux fermés. Mais je vous dirais de ne pas tout condamner par peur non plus. Il faut regarder, trier, comprendre l’état du bois et choisir ce qu’on peut en faire.
Mon regret, ce n’est pas de ne pas avoir tout gardé. C’est de ne pas avoir mieux regardé avant de décider.
La récupération, en vrai
Mon retour en vidéo sur la récupération du bois et les possibilités qu’elle ouvre.
Chez le voisin, de quoi faire de vrais projets
Dans la maison voisine, j’ai récupéré des dizaines de madriers : environ 45 à 50 mm d’épaisseur, 22 à 30 cm de largeur et autour de 3,50 m de longueur. De belles pièces que j’ai trouvées en très bon état. Ce sont les dimensions approximatives de mon lot, pas une section à recopier pour n’importe quel ouvrage.
Avec ce bois, j’ai réalisé l’ossature bois pour l’isolation et le plancher au-dessus du studio. L’ossature, je vous la raconterai dans un article dédié : elle mérite qu’on prenne le temps d’expliquer les choix et les étapes.
C’est ça qui me plaît dans la récupération : un matériau qui a déjà servi trouve une nouvelle place dans le chantier. Et quand on voit tout ce qu’il reste à faire à la villa, pouvoir réutiliser ce qu’on a, ça compte.
Des madriers au plafond du studio
Ces madriers récupérés ont servi de planches de plafond à l’étage du studio. Voilà le chantier en images.
Pourquoi se donner cette peine ?
Pour le budget, déjà. Une pièce réemployée peut éviter un achat. Mais la récup’ demande du temps : démontage, transport, déclouage, tri, stockage et préparation. Si on oublie tout ça, on se raconte un peu des histoires sur le bois « gratuit ».
Pour la matière, ensuite. J’aime les grandes largeurs, les veines, les traces qui restent. On peut vouloir un meuble propre et bien fini sans chercher à lui enlever toute son histoire.
Et pour le bon sens. Réutiliser une planche adaptée au projet, c’est prolonger son usage. Je ne vais pas vous annoncer un chiffre miracle de CO₂ économisé : entre un lot à côté de chez soi et un aller-retour à l’autre bout du pays, les conditions ne sont pas les mêmes. Mon point de départ est plus simple : avant d’acheter, regarder ce qui peut encore servir.
Redonner vie à un ancien plancher
Le travail sur le plancher, à retrouver dans cette vidéo du chantier.
Avant de dire « je prends », cinq choses à regarder
Voici les questions que je vous conseille de vous poser. C’est un premier tri, pas un diagnostic à distance.
- D’où vient-il ? Demandez son ancien usage, ses conditions de stockage et les traitements connus. Un bois dont on connaît l’histoire est plus facile à orienter vers un nouvel usage qu’un lot sans aucune information.
- Que reste-t-il de réellement utilisable ? Regardez les faces, les bouts, les anciens appuis, les entailles et les fissures. Une longueur de 3,50 m avec des extrémités abîmées n’offre pas 3,50 m utiles. Du bois friable ou des dégradations importantes demandent un examen sérieux.
- Est-il compatible avec votre projet ? Vérifiez les déformations et mesurez plusieurs pièces. Une planche large peut donner une porte, mais elle ne sera pas forcément assez droite pour l’assemblage imaginé. Pour un usage porteur, faites qualifier le bois. [1]
- Y a-t-il des indices d’attaque ? Trous de sortie, galeries, vermoulure : ce sont des indices à examiner. Leur aspect varie selon les insectes. Ils ne donnent pas, à eux seuls, l’état complet d’une pièce ni le traitement à choisir. [2, 3]
- Ai-je un usage et une place pour le stocker ? Mon conseil : prévoyez quelques projets réalistes avant de remplir tout le garage. Récupérer trois bonnes planches pour une porte peut être plus utile qu’entasser un lot entier dont on ne fera rien.
Les petites bêtes : ni panique, ni coup de pinceau magique
C’est le point qui m’a freiné au départ. Oui, un traitement curatif adapté peut lutter contre une attaque d’insectes xylophages. Mais le mot important, c’est « adapté ». CTB-A+, la certification portée par FCBA, rappelle qu’il faut un diagnostic précis et une préparation du bois : sondage, retrait des parties vermoulues, brossage et dépoussiérage. La méthode dépend notamment du bois et du produit. [3]
Donc, si vous avez un doute, mettez la pièce de côté et faites identifier le problème avant de l’intégrer à votre maison. Je ne vous conseille pas de traiter systématiquement tous les vieux bois, ni d’appliquer un produit au hasard. Respectez son usage autorisé, sa notice et ses protections d’application.
Et traiter ne reconstruit pas le bois mangé. Arrêter l’attaque et vérifier qu’une pièce peut encore remplir sa fonction sont deux questions différentes. Si elle doit porter un plancher, « elle a l’air solide » ne suffit pas. [1, 3]
Du lot récupéré à la planche prête à servir
Pour aborder un lot sans se disperser, je vous propose cet ordre :
- Repérer et trier. Faites des piles par dimensions et par destination. Notez l’origine et gardez les pièces douteuses à part.
- Démonter avec patience. Préserver une rainure, une languette ou une belle longueur vaut souvent quelques minutes de plus. Pour une dépose qui touche une structure, faites définir les conditions de démontage et d’étaiement.
- Déclouer avant d’usiner. Inspectez les deux faces et les chants, retirez vis, clous et agrafes ; un détecteur de métaux peut aider à repérer ce qui est caché. Ne passez pas une planche inconnue directement à la raboteuse.
- Stocker correctement. À l’abri de la pluie, hors du sol, avec des appuis et des tasseaux alignés pour laisser circuler l’air. Avant la pose, faites vérifier que l’humidité est adaptée à l’usage prévu : ancien ne veut pas automatiquement dire sec.
- Préparer juste ce qu’il faut. Selon l’effet voulu, brossage, ponçage ou rabotage. Pas besoin de supprimer chaque trace pour obtenir quelque chose de beau.
Dépose, stockage et qualification font partie de la préparation d’un réemploi : voir le guide IBC. [1]
Un ancien plancher peut devenir autre chose qu’un plancher
Les planches que j’ai récupérées me donnent encore plein d’idées : un habillage mural, des tables, des portes… Une pièce trop courte pour un usage peut très bien trouver sa place ailleurs. C’est aussi le plaisir de la récup’ : partir du bois disponible et imaginer le projet autour.
Une table de salon en bois de récup’
La récupération permet aussi de fabriquer du mobilier : voici ma table de salon, en vidéo.
Une porte extérieure, une nouvelle vie
Autre réalisation avec du bois récupéré : cette porte extérieure. Je vous montre sa transformation.
Pour un bardage extérieur, il faut en revanche vérifier que l’essence, sa durabilité et la conception conviennent à l’exposition. Une planche qui a vécu à l’intérieur ne devient pas adaptée à la pluie simplement parce qu’elle est ancienne ou qu’on lui applique une finition. [6]
Et pour une table, je privilégierais un bois dont l’origine et les traitements sont connus, compatibles avec l’usage envisagé. Le projet se choisit aussi en fonction de ce qu’on sait de la matière.
La prochaine fois, je regarderai deux fois
Je ne vais pas refaire le début du chantier. Mais si cette expérience peut vous éviter de jeter trop vite une belle pièce, cet article aura servi à quelque chose.
Commencez petit : un lot identifiable, un projet simple, quelques planches bien choisies. On n’est pas obligé de refaire un plancher entier pour se lancer dans la récupération.
Et vous, qu’est-ce que vous avez déjà fabriqué avec du bois de récup’ ? Venez me le montrer sur les réseaux. Une vieille planche, une porte, une table… j’aime voir ce que les autres arrivent à en faire.
Pour vérifier et aller plus loin
Récit, dimensions approximatives et photographies : Franck Auchet, 4 octobre 2026. Les photos illustrent le chantier ; elles ne constituent pas un diagnostic du bois. Références techniques consultées le 4 octobre 2026.
- Guide Réemploi des bois en structure — Association IBC, avec le financement du CODIFAB, publié le 25 février 2026.
- Capricornes, lyctus, vrillettes : caractéristiques et indices de présence — FCBA / CTB-A+, sans date indiquée.
- Lutter contre les insectes à larves xylophages — FCBA / CTB-A+, sans date indiquée.
- Prévenir les expositions professionnelles au plomb — INRS, page de prévention, sans date relevée.
- Ventilation et aspiration des poussières de bois — INRS, sans date relevée.
- Traitement du bois pour la construction — FCBA / CTB-P+, sans date indiquée.